Nice | Metropole Nice |  Service Nice | Tourisme
Rechercher e-administration Agenda Portail
Nice | Culture Nice | Sport Nice | Territoire Nice | Tramway Plan du site
 Accueil > Nice.Culture > Centre du Patrimoine > Fiches du Patrimoine > Les sites > Nice néo-classique, une ville à découvrir

Nice néo-classique, une ville à découvrir

L’âge baroque (1553-1792) et la Belle Epoque (1855-1914) ont si profondément et longuement marqué Nice que l’on oublie parfois que notre ville possède d’autres exemples, géographiquement cohérents de styles architecturaux largement répandus en Europe. Ainsi en est-il du néo-classique, ce style qui apparaît à la fin du XVIIIème siècle et qui aspire à retrouver la solennité et la grandeur héroïque dans la simplicité des temps antiques. On en connaît les illustrations que furent, par exemple, en peinture, Jacques-Louis David et en sculpture Antonio Canova, ainsi que les monuments emblématiques que sont l’église de La Madeleine, à Paris, ou celle de la Gran Madre di Dio, à Turin.
Puisque ce mouvement parcourut, une cinquantaine d’années durant, toute l’Europe et toucha Turin, il est normal qu’il ait fini par atteindre Nice. Nous présenterons donc, et ses prémices dans notre ville, et son épanouissement géographiquement si identifiable.

LA FIN DU BAROQUE ET LE RETOUR A L’ANTIQUE

Si on peut aussi présenter l’art baroque primitif comme une recherche et une imitation de l’antique, son évolution l’en éloigna progressivement, engendrant une réaction dont on ne saurait dire si elle visait à retrouver un baroque pur ou à créer un nouveau style. C’est ainsi qu’un certain nombre d’édifices, construits à Nice dans le dernier tiers du XVIIIème siècle, annoncent le néo-classique.
Citons d’abord la chapelle des Pénitents bleus du Saint-Sépulcre (Antoine Spinelli, 1782-1784), dont la façade à lourdes colonnes monumentales fait de la place Garibaldi le vestibule urbain et solennel de la route de Turin lorsqu’elle débouche sur la place Victor –aujourd’hui Garibaldi. On peut aussi évoquer la façade de la chapelle des Pénitents rouges du Saint-Suaire (rue Jules-Gilly/cours Saleya). De proportions plus modeste mais d’un ordre tout aussi puissant, cette façade, élevée en 1763 par Jean-Baptiste Borra mais restructurée en 1824 –donc en plein période néo-classique- témoigne là encore d’une attention particulière à la simplicité forte.
Seul bâtiment construit à Nice sous l’Empire, l’ancien Lycée impérial, dont rien ne subsiste sur le site de l’actuel lycée Masséna, présente lui aussi une façade très simple mais solennelle, où les serliennes ne sont plus qu’un souvenir du baroque par rapport à la rigueur de la façade.
Mais le style néo-classique, fleurissant désormais dans les grandes capitales européennes (Paris, Londres, Berlin), soutenu par la constante référence politique que l’Empire français de Napoléon faisait à l’Empire romain d’Auguste, survivait à Waterloo et se répandait. Turin montrait l’exemple, Nice suivit.

LE NEO-CLASSIQUE NICOIS ET L’AMENAGEMENT URBAIN

On doit constater aujourd’hui que la trace du néo-classique à Nice est de fait liée aux extensions urbaines qui, au début du XIXème siècle, faisaient sortir l’actuel Vieux-Nice (qui fut toute la ville durant sept siècles) de ses limites historiques, le Château, le Paillon et la mer. L’achèvement du quartier du Pré-aux-oies (autour de l’actuel Opéra), dont l’urbanisation dans la boucle du Paillon avait commencé après la destruction des murailles en 1706 en donne déjà les premiers indices. Le franchissement du Paillon par le second pont de pierre de l’Histoire niçoise, le pont Saint-Charles ou Pont-Neuf, en 1824, ouvre la voie à l’urbanisation de la rive droite du torrent. Enfin, le creusement du port de Limpia, commencé en 1749 et perpétuellement prolongé depuis, qui avait donné lieu à la création de la place Garibaldi comme point de jonction entre le port, la ville et la route de Turin, fait naître un nouveau quartier. On ne s’étonnera donc pas de voir fleurir dans ces trois secteurs des édifices marqués par le nouveau style.
De plus, la création, en 1832, du Consiglio d’Ornato uniformise l’aspect de la ville neuve. En édictant des règles obligatoires d’" orthographe " des façades directement puisées dans le vocabulaire architectural néo-classique, cette commission municipale d’urbanisme contribue à répandre un modèle décoratif qui doit beaucoup au style alors en vogue.

AU COUCHANT, LE LUXE DE LA VILA NOVA

C’est ainsi dénommé qu’apparaît désormais sur les plans l’antique Pré-aux-Oies. Le quartier est le site des derniers éclats du baroque, à travers l’église Saint-François-de-Paule. Il est aussi celui des premières lueurs du néo-classique.
Sur le bord de mer, où l’on construit la Nouvelle Terrasse et où on crée, sur la plage, le quai des Etats-Unis dans les années 1850, les lourdes colonnes de la Porte royale, les piliers massifs de la Poissonnerie (actuelle galerie de la Marine) et du Lavoir (actuelle galerie des Ponchettes) annoncent le quartier.
L’actuel bâtiment de l’Opéra occupe le site du premier théâtre permanent de l’Histoire niçoise. Fondé au XVIIIème siècle finissant, ce théâtre est détruit et reconstruit en 1826 par Benoît Brunati, qui le dote d’une façade, du côté de la rue Saint-François-de-Paule, très comparable, avec son pronaos à colonnes massives, à celle de la Fenice de Venise, prototype du théâtre néo-classique.
Un certain nombre d’immeubles de la rue s’inscrivent dans ce style, en particulier ceux du 11 et du 13 : façades régulières et sévères, hautes portes cochères, modénatures simples mais antiquisantes en sont le témoignage.
La place Masséna, commencée sur les plans de Joseph Vernier en 1835, après la construction du Pont-Neuf, achevée vers 1865, fait déborder la Vila Nova au delà du Paillon. L’ensemble de ses bâtiments, répartis sur les deux rives du torrent (un exèdre au sud et un rectangle au nord), construits sur portiques, forme le point de départ du développement de la ville dans la plaine de Camplonc, vers le Piol et Gairaut.

AU LEVANT, L’ACTIVITE DU PORT

La perspective de l’extension du port de Limpia et la nécessité de sa jonction avec la place Victor avaient déjà créé, à la fin du XVIIIème siècle, le très régulier alignement des immeubles de rapport de la rue Ségurane, à la façade sobre et forte, initiative des grands marchands Gautier. Ce système est repris tout au long de la rue Cassini, ouverte en 1844, et au fond du futur bassin, sur la place Ile-de-Beauté actuelle. Les deux immeubles jumeaux de cette place (le plus ancien, à l’ouest, date de 1844) encadrent la façade à pronaos de l’église de l’Immaculée-Conception (Joseph Vernier, architecte) avec solennité. Leurs portiques sont soutenus par des colonnes massives et brutes. Les édifices de la rue Cassini, aux larges porches flanqués de lourdes colonnes cannelées, aux vastes magasins de plain-pied permettant le commerce, aux amples cours autorisant le stockage des marchandises et la manœuvre des chariots reproduisent souvent des modèles turinois, comme au numéro 16, ou rythment longuement la rue (immeubles aux numéros 13 et 15). La rue Neuve du Port (aujourd’hui rue Cassini), par sa largeur, sa longueur et sa régularité, est probablement un des axes les plus emblématiques et les plus homogènes de cette période de l’Histoire du patrimoine niçois.

AU NORD, UN QUARTIER EN EXPANSION

La rive droite du Paillon était, depuis longtemps, exclusivement parcourue par un quai tortueux, bordé de modeste maisons et portant la route de France qui s’élançait du Pont Saint-Antoine, ou Pont-Vieux (XIVème siècle, face au lycée Masséna). Le " franchissement " du Paillon par la ville va créer, toujours pendant ce premier demi-siècle, un nouveau quartier ancré dans ce nouveau style.
L’édifice le plus emblématique est l’église Saint-Jean-Baptiste (dite du Vœu, architecte Charles Mosca, 1852) et les immeubles qui l’entourent, le palais Audiberti de Saint-Etienne (2 rue Tonduti-de-L’Escarène, 1842) et l’ensemble immobilier de la rue Alfred-Mortier.
L’église du Vœu, projetée dès 1832 pour répondre à un vœu municipal fait à la Vierge afin de recevoir sa protection contre le choléra, était d’abord destinée à occuper le fond de la place Masséna. Ce projet s’avérant impossible à réaliser là pour des raisons à la fois techniques et financières, elle fut finalement élevée ici. Son aspect massif, ses colonnes puissantes et simples, sa décoration intérieure dominée par le thème du " Vœu de Nice " (et malgré des héritages décoratifs et picturaux baroques) restent dans cette pure expression du néo-classicisme.
Il en va de même pour le modeste Temple vaudois (1855, rue Gioffredo), imitation presque mimétique d’un temple antique. Il était alors destiné à abriter le culte des Vaudois, église protestante très fortement implantée en Piémont, à laquelle la Constitution albertienne de 1848 (le " Statuto ") venait de donner la liberté religieuse.
Il faut enfin signaler la façade à bossages solennelle et sobre, ainsi que la grande entrée d’honneur de l’hôpital Saint-Roch (1857), déplacé du Pré-aux-Oies et installé là afin de saisir l’opportunité, dans un quartier encore campagnard, d’offrir aux malades plus de lumière et de salubrité. A distance, par la rue Défly, à l’instar de la chapelle du Saint-Sépulcre, elle ferme une autre perspective de la place Garibaldi.
De ce rapide survol, on peut donc déduire que Nice ne passa pas directement d’une exubérance à l’autre et qu’elle sut s’offrir, comme d’autres grands villes européennes, un moment de froide solennité, dans un ensemble d’édifices cohérent avec ce temps du premier XIXème siècle et ses ambitions urbaines

PARCOURS COMMENTE

Plan du site | Presse | Liens utiles Site Officiel de la Mairie de Nice Contact | Crédits | Mentions légales