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Nice Belle Époque - l’invention d’une ville nouvelle
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Jusqu’au premier tiers du XIXe siècle, Nice ne se différenciait guère des villes méditerranéennes et européennes qui, comme elle, plongeaient leurs racines dans la culture gréco-latine, la religion chrétienne catholique, la fierté d’institutions communales millénaires et la déploiement des fastes baroques. |
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L’économie était tout aussi proche de celle de Barcelone, Naples ou Marseille. La vie agricole reposait sur la fameuse “ trilogie méditerranéenne ” (vigne, blé et huile), avec une prime pour l’huile ; de la montagne, on ne tirait que du bois et des produits d’élevage. La pêche littorale, peu productive, apportait un peu de diversité à l’alimentation. Quelques industries et surtout un commerce actif, renforcé par le fait que Nice était une zone franche et jouissait du fait qu’elle était le seul port du duché de Savoie, donnaient à l’économie locale, ainsi qu’à la vie politique et intellectuelle, des couleurs très proches de celles de ses voisines. De ce fait, l’architecture et l’urbanisme niçois de ce temps, marqués du sceau du baroque et de son prolongement politique, l’absolutisme, reflète un monde méditerranéen marqué à la fois par la profusion du décor et la rigueur des équilibres d’ensemble (comme la place Garibaldi). Cependant, une particularité s’impose : l’existence de la forteresse du Château, qui complique la vie des marchands car elle attire sur elle, mécaniquement, la foudre des campagnes militaires. Du fait de sa destruction, en 1706, par les troupes françaises de Louis XIV, du goût naissant pour la nature et les voyages exotiques, particulièrement développé alors en Angleterre, et de l’alliance politique qui unit Londres et Turin, voilà qu’une activité nouvelle naît à la fin du XVIIIème siècle : le tourisme.
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Sa croissance, lente et régulière, interrompue par la Révolution et l’Empire, reprend à partir des années 1860. L’arrivée du tarin, en 1864, la multiplie. Alors, Nice voit son aspect de ville méditerranéenne se doubler, puis être effacé, par une ville nouvelle, toute de folies architecturales, de loisirs balnéaires et de plaisirs millionnaires.
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Nice, villégiature aristocratique
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L’image de Nice est donc justement associée à celle de la Belle Époque. C’est le temps où la ville, principale station touristique de la Côte d’Azur, est le Salon de l’Europe, drainant dans ses propriétés et ses palaces tout ce qui compte dans le domaine aristocratique et artistique. La reine Victoria, les rois Léopold II de Belgique et Oscar de Suède sont ses hôtes fidèles. Nietzsche, Tchekhov y séjournent. D’octobre à avril, c’est une succession de fêtes et de réceptions qui culmine au moment du Carnaval. Certains monuments reflètent l’intensité de cette vie mondaine : si les casinos ont disparu, l’Opéra offre toujours son décor pourpre et or aux mélomanes. L’Artistique (boulevard Dubouchage), le grand cercle intellectuel du début du siècle est devenu le Théâtre de la Photographie et de l’image. Le cosmopolitisme de la clientèle explique la diversité des lieux de culte : église anglicane, église “ américaine ” (devenu Temple Réformé), église “ allemande ” (luthérienne), petite église de la rue Longchamp, construite en 1859. L’importance croissante de la colonie russe amena la construction de la cathédrale (1912) considérée comme la plus belle église orthodoxe hors de Russie. Sur l’avenue Jean Médecin, l’église Notre-Dame est construite en style néo-gothique.
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Un urbanisme de fantaisie
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En 1832, dans le cadre de la législation sarde, le Consiglio d’Ornato avait imposé un “ Plan d’extension et d’embellissement ” rationnel et structuré. Après 1860, dans le silence de la législation française en la matière, la régularité et la rationalité s’effacent. La gare illustre l’intrusion d’une architecture “ parisienne ” dans une ville jusque là d’aspect néo-classique, comme la place Masséna. Le projet était de faire de l’actuelle avenue Jean Médecin une voie à arcades comme en Italie, mais 1860 en fait un boulevard planté d’arbres à l’imitation de Paris. C’est la grande artère commerçante, alors que les boulevards Carabacel, Dubouchage et Victor Hugo sont des voies résidentielles. Le boulevard Gambetta se développe vers 1890 mais le quartier des Musiciens seulement au début de ce siècle. Plus au nord, les grands parcs de la noblesse niçoise sont lotis et donnent naissance à un entrelacs de voies peu conforme à l’esprit précédent. En 1860, Nice est une ville de 48 000 habitants. En 1914, elle en aura près de 150 000. Ainsi tout le centre ville offre une physionomie à dominante Belle Époque, sauf la Promenade des Anglais où la plupart des villas ont été remplacées par des immeubles après la deuxième guerre mondiale.
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Des villas de rêve
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Si nombre de villas des collines ont subi le même sort, il en reste de nombreuses, les plus grandes ayant vu leur parc loti dès l’entre deux guerres. Les plus imposantes datent presque toutes d’avant 1880. Certaines sont accessibles au public : villa Kotschoubey, devenue le musée des Beaux-Arts, la villa Masséna, devenue le musée d’Art et d’Histoire, le Palais de Marbre, siège des archives municipales. D’autres, grâce à leur position géographique, sont visibles, parfois de fort loin, comme le Château des Anglais, le Château de la Tour et la villa Beau Site en bas du Mont-Boron ou le Château des Baumettes sur la colline du même nom, À Cimiez, les villas Paradisio et Surany , le manoir Belgrano, le Château Valrose (siège de l’université et de la faculté des sciences) s’offre aussi à l’œil, comme la charmante villa Huovila sur la promenade des Anglais (peu après le carrefour de Magnan) ou le Château Leliwa de Rohozinsky à l’entrée du vallon Barla. Le Château des Ollières, qui a conservé l’intégralité de son décor intérieur, est devenu un hôtel de luxe et un restaurant. Construites pour de riches hivernants passant plusieurs mois chaque année à Nice (on les surnommait “ les hirondelles d’hivers ”), ces villas-châteaux étaient aménagées pour des réceptions se déroulant dans une enfilade de salons orientés au midi. Elles se caractérisaient aussi par une grande variété stylistique : style “ troubadour ” ou néo-gothique, style orientalisant ou le plus souvent classique. Bien d’autres villas, plus modestes, méritent aussi d’attirer l’attention, en particulier celles qui ont conservé des frises peintes, généralement des motifs floraux. Elles sont particulièrement nombreuses sur les collines (Cimiez et Mont-Boron, Mantega-Righi, Gairaut), et dans les quartiers Saint-Maurice et Saint-Sylvestre.
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Des palaces excentriques
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Il faut attendre le milieu du XIXe siècle pour voir s’ouvrir de grands hôtels. Il s’agit de bâtiments de plan rectangulaire au décor extérieur assez limité, d’influence néo-classique. L’hôtel West-End sur la Promenade est un bon exemple. Souvent vers 1900 leur façade a été agrémentée d’éléments décoratifs au goût du jour, comme le Westminster (qui a conservé le décor intérieur de ses salons et salles à manger) ou le Grand-Hôtel. À la fin du XlXe siècle et au début du XXe, le nombre d’hôtels va se multiplier (30 en 1847, 50 en 1859, 67 en 1879, 132 en 1909) en raison de l’augmentation constante de la clientèle et de l’ouverture à de nouvelles classes sociales.
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La durée des séjours des riches familles a tendance à se réduire et l’on préfère désormais descendre dans un grand hôtel, ce qui amène la construction de Palaces d’énormes proportions comme le Regina en haut du boulevard de Cimiez, le Majestic en bas du même boulevard, l’Impérial à proximité de la cathédrale russe. Sur la Promenade des Anglais le Négresco et le Ruhl (remplacé par le Méridien) dressent leurs coupoles emblématiques du Nice de la Belle Époque. S’il est un quartier révélateur de cette grande époque des palaces, c’est Cimiez : outre le Regina et le Majestic, on peut admirer les façades du Riviera Palace, de l’Alhambra, du Winter Palace et surplombant le boulevard Carabacel, de l’Hermitage (ces hôtels sont devenus des copropriétés). Dans le centre ville, l’Hôtel Atlantic a conservé son décor d’origine. Mis à part l’Hôtel Alhambra, de style mauresque, ces palaces privilégient les styles français des XVIIe et XVIIIe siècles, tant dans leurs façades que dans leurs aménagements intérieurs (hall, salons, salles à manger). On retrouve la prédominance de ces styles avec les immeubles de rapport du centre ville. Le boulevard Victor-Hugo et le quartier des Musiciens en offrent un choix particulièrement riche. |
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Une population au travail
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On est fasciné par la qualité architecturale et la créativité de cette époque. Il ne faut cependant pas oublier que ce cadre a été forgé par une foule d’artisans de grands talents, Niçois ou issus de la nombreuse immigration italienne qui vient alors s’installer à Nice. Sous la conduite de grands architectes (Charles Dalmas, Sébastien-Marcel Biasini, Hans Tersling, etc.), les bâtiments neufs qui s’érigent partout font appel à une multitude de corps de métiers, maçons certes, mais aussi ferronniers, staffeurs et stucateurs, marbriers, céramistes, jardiniers, peintres et décorateurs, utilisant toutes les techniques possibles dans une recherche permanente de qualité, de profusion du décor intérieur et extérieur et de séduction. Dans les quartiers populaires qu’ils habitent, ils produiront aussi, pour des constructions moins prestigieuses, une part de leur talent, créant en particulier frises et décors peints de façade. La conjugaison de ces talents et de ces savoir-faire a produit une forme urbaine originale, encore omniprésente, à travers toute la ville. Ainsi, Nice Belle Epoque est bien une ville nouvelle inventée, mais qui plonge ses racines dans le travail des Niçoises et de Niçois eux-mêmes formés, des siècles durant, à l’acte de bâtir, par des civilisations qui en ont souvent fait un témoignage de grandeur autant que d’humanité.
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